A PROPOS DU DOUDOUK

A propos du Doudouk

 

Instrument à anche ayant cours sur le plateau arménien et dans le Caucase du sud, il est joué surtout par les arméniens, les géorgiens,

les kurdes, et aussi par les azéris, …

La forme, la texture, les vibrations produites par ces différents instruments varient sensiblement suivant ces peuples.

Le doudouk se singularise des instruments de la famille des hautbois de par la nature de son anche double.

Conçue en un seul morceau, ce segment de roseau plié en deux génère des sonorités uniques en son genre.

Son timbre profond et voilé peut se nuancer dans ses sonorités ; en appuyant des lèvres sur les bords de l’anche on altère la qualité du son.

Le son du doudouk est proche de la voix humaine. Les notes produites peuvent se nuancer en demi, tiers, quart voire huitième de ton et plus …

Son registre est d’ un octave et demi .

Il accompagne traditionnellement les chants et les danses populaires.

Il faut des années d’apprentissage pour acquérir une technique permettant d’interpréter honorablement ces mélodies et davantage pour maîtriser

l’ensemble des mélodies et complaintes traditionnelles .

Le lien privilégié de maître à disciple était le fondement même de la transmission orale.

Peu d’écrits sur cet instrument dont l’origine nous est peu connu.

Le plus ancien specimen aurait été trouvé en Egypte il y a 3500 à 4000 ans

( d’après le livre de Gamo Mekrtchian " Hay doudoukaharnér Erevan 1988 ) .

Nous pouvons donc supposer qu’il y a une relation avec les instruments de l’Egypte ancienne comme par exemple la dite " clarinette arabe "

( pekou ) dont l’anche est un roseau taillé et produit des sonorités voisines du doudouk .

Les musiques ancestrales modales du Haut-Nil ont beaucoup d’affinités avec celles jouées dans le Caucase et en Arménie ce qui confirmerait

que le doudouk tiendrait ses origines de ces régions .

Nous n’avons pas de traces précises de cet instrument dans les miniatures arméniennes, celles-ci nous montrant surtout des flûtes avec ou sans bec,

des hautbois zournas ou des cornemuses.

Chaque instrumentiste se reconnaît à son jeu propre et au timbre personnalisé de son instrument.

Les musiques interprétées dans le passé, avant la constitution des grands ensembles musicaux, étaient limitées à des petites formations ,

à savoir deux doudouks et un dehol / deux zournas un ou deux dehols / un tar-un kamantcha-un dap / ainsi que quelques autres variantes.

Ces formations restreintes obligeaient les musiciens à développer de sérieuses compétences musicales et connaître tout le répertoire des

chants traditionnels , des airs de danse régionaux, des improvisations sur les modes en usage dans cette région du monde.

Les musiques au doudouk s’interprètent suivant un principe de base simple : une note continue ou bourdon ou dam sur laquelle repose la mélodie.

Cette note peut rester fixe ou évoluer suivant le cours de la mélodie.

Elle est structurée c’est à dire qu’elle suit une progression logique se traduisant pratiquement par un changement du nombre doigts tenus.

Exemple :         Kalossi Perkén Début dam deux doigts / changement quatre.

                        Baghdadouri    Début cinq doigts / changement trois.

                        Kotchari                      Début quatre doits / changement deux , puis quatre et cinq.

                        Ghazakhi          Début trois doits / changement quatre.

La pratique de ces musiques habituent le joueur à reconnaître progressivement les changements de dam , les morceaux interprétés se regroupant par affinités.

La technique du dam ou souffle continue s’appuie sur un système ancestral de respiration circulaire en usage dans l’antiquité chez de nombreux peuples . Elle est restée intacte en Arménie et dans le Caucase , et les bons damkachs sont toujours recherchés car ils se font rares .

Pour tenir le bourdon au doudouk , il faut gonfler les joues et former une poche et en appuyant avec les lèvres sur les bords de l’anche double ,

il faut pouvoir réinspirer par le nez sans lâcher la pression afin de prolonger le son .

La force déployée par le damkach est relative à la consistance du roseau.

Deux types de roseau , déghagane ( local ) et gharghou ( Gharabagh ) sont façonnés pour donner des ghamichs de force inégale.

Quelques fabricants excellent dans l’art des anches , parmi lesquels des praticiens de cet instrument.

Dans le passé cet instrument a surtout été pratiqué dans la région du Chirak, Arménie du Nord et dans la région de Tbilissi,

Caucase du sud ( Géorgie),

les arméniens en ayant été les plus nombreux interprètes.

Parmi les figures les plus notoires du doudouk, parvenues du passé, citons les grands maîtres Lévon Madoyan et Garo Tchaghtchoghlian ,

tous deux élèves du même " Varbéd " ( maître ) Pancho Garo d’Alexandropol ( actuellement Gümri ).

Ces deux musiciens ont fait carrière à Erevan pour le premier, à Bakou en Azerbaïdjan pour le second.

Les enregistrements d’époque ( années 1950 ) nous ont rapporté de ces vieilles mélodies si peu exprimées de nos jours ( ou plus du tout ).

A la fin du 19ème siècle, Tiflis la capitale de la Géorgie était un centre culturel important où s’était développée la pratique du doudouki,

variante géorgienne .C’est après la seconde guerre mondiale que s’y est développée sous l’impulsion du célèbre chanteur arménien

Glakho Zakharov ( Guévork Zakarian ) le système polyphonique .

Jusqu’alors la monodie était d’usage comme partout ailleurs. Le bourdon ou dam, note continue soutenant la mélodie se trouvait alors renforcée par un autre dam un octave ou une quinte au dessous et permettaient l’expression aisée d’une deuxième voix jouée souvent à la tierce . Ce style fit école à Tbilissi et les formations de ce genre se sont multipliées jusqu’à faire oublier le jeu monodique antérieur.

Parmi les joueurs prestigieux du doudouki géorgien citons Khatchig Daoulgalov , Micha Soukiassov, Levon Amirkhanian (arméniens) qui ont marqué le milieu du 20ème siècle , Grigol Ksovréli, actuellement

Koba Papapiachvili, Zaouri Mérébachvili ( géorgiens) Robinson Saralidze, Artchil Alaverdachvili (arméno-géorgiens).

En Arménie la pratique du doudouk a fait école au Conservatoire d’Erevan et de nombreux musiciens y ont fait leur apprentissage de nos jours.

Cependant c’est toujours par le processus traditionnel de maître à disciple que se perpétue ce genre musical.

De nombreux autres musiciens doudoukahar ont laissé des traces mémorables comme Markar Markarian, Boris Thovmassian , Vatché Hovsépian,

Vladimir Haroutiounian, Souren Thovmassian, Khatchig Avakian, Gaguik Guiourdzan, Khatchik Khatchadrian, Antranig Askarian, et nombreux sont

ceux qui continuent de perpétuer cette tradition : Ardavazd Der Hovannessian , Vladimir Groyan ( Vanadzor), Meguerditch Malkhassian ( Gümri)

Djivan Gasparian, Guiorgui Minassian, Gourguén Aloyan, Yéghiché Manoukian, Rouben Haroutiounian, Saro Daniélian, Meroujan Sarkissian (Erevan)

et de nombreux autres …(lire le livre de Gamo Meguerdtchian " Hay Doudoukaharnér " (joueurs de doudouk arméniens) – en langue arménienne -

Erevan 1988.

Des enregistrements de doudouk gravés sur des 78 tours après la seconde guerre mondiale nous sont parvenus , sur lesquels nous pouvons écouter

les maîtres Lévon Madoyan,, Boris Thovmassian, Markar Markarian,accompagnés par les meilleurs damkachs de l’époque, et aussi dans le cadre d’orchestre tel l’Ensemble de chants et de danses Tatoul Altounian.

Il est important de répertorier ces vieux morceaux musicaux , richesses d’un patrimoine oublié, afin de retrouver les repères basiques de cette

musique ancestrale.

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