ARTICLE SUR LES BALLETS ARMENIENS

ARTICLE PARU DANS LE MAGAZINE MENSUEL ARMENIA

NOVEMBRE 1983

LA COMPAGNIE                " LES BALLETS ARMENIENS "                  

par Pierre TER SARKISSIAN

               

L’enthousiasme et l’ardeur qui animent cette jeune formation lui valent un succès mérité.

Jiraïr Madilian , son fondateur et directeur, se veut fidèle à une tradition qu’il sert en pratiquant les danses de l’Arménie et du Caucase et en les faisant connaître et aimer du public arménien certes, mais aussi du public français en général.

La démarche idéale pour connaître une tradition, dit Jiraïr Madilian, est certainement l’expression artistique, et la danse y tient une place majeure.

C’est en 1977 qu’il a fondé à Paris le compagnie qui porte le nom " Les Ballets Arméniens " et dont le but est de pratiquer la danse et la musique de l’Arménie et du Caucase et de les faire connaître au public français.

Très tôt passionné par la danse, il a eu le privilège de connaître Haïkvart Bournoutian, danseur caucasien originaire de Tiflis ( Tbilissi) qui l’a inspiré et guidé, et il se plaît à rendre hommage à cet homme à la carrière déjà longue, toujours passionné lui aussi et qui a activement contribué à affermir sa vocation. Plus tard Madilian a eu , tant en France qu’en Arménie, des contacts multiples avec les danseurs et les musiciens des diverses formations d’Arménie et du Caucase.

Mais il a aussi fait de solides études théoriques et pratiques, suivant pendant des années les cours de l’IPAC (Institut Pédagogique d’Art Chorégraphique de Paris ) qui dépend de la fédération française de danse Classique et Contemporaine. Il a d’ailleurs été le premier professeur de danse de caractère arménien et géorgien diplômé par cette fédération. Mais il ne s’est pas arrêté là et a aussi perfectionné sa formation chorégraphique générale en travaillant à l’IPAC sous la direction de professeurs dont certains comptent parmi les plus réputés de leurs disciplines (danse classique,de jazz, de contemporaine, de caractère, folklorique, etc).

Jiraïr Madilian est également musicien : il interprète du doudouk, instrument qui présente pour lui un intérêt tout particulier, de vieilles mélodies ancestrales peu connues et qui méritent d’être révélées au public. Il a d’ailleurs, avec d’autres musiciens de son groupe, produit une cassette intitulée Harsaniats.

Parallèlement à ses études chorégraphiques et musicales, il n’a cessé de s’intéresser à la culture arménienne en général ; c’est ainsi qu’il a suivi pendant plusieurs années les cours de l’INALCO ( Institut National des Langues et Civilisations Orientales) à Paris où il a étudié l’arménien et le géorgien.

Jiraïr Madilian a donc une vocation sûre et une formation solide, ce qui rend d’autant plus dignes d’intérêt les conceptions qu’il expose aujourd’hui bien volontiers . Pour lui, la chorégraphie peut être aussi un moyen de création pour faire connaître et aimer la tradition arménienne en transmettant au public, et si possible aux générations à venir, les normes qui la régissent.

" Je tiens, dit-il, à participer dans toute la mesure du possible à l’épanouissement et à la poursuite de cette tradition. Mon souci majeur est de transmettre par la discipline qui est la mienne, l’essence même de l’âme arménienne-ce qui n’est pas tellement aisé de nos jours- à des jeunes eux aussi portés par un idéal. Et ce n’est un secret pour personne que le maintien et l’épanouissement de notre culture, surtout dans le contexte actuel, ne sont possibles qu’au prix d’efforts incessants. Il y faut une détermination absolue. "

Il a aussi des idées très précises sur le sens et la place de la tradition arménienne parmi les autres.

" En occident,dit-il, on a tendance à confondre trop souvent les diverses traditions orientales et nous ne sommes actuellement qu’au début d’un courant de compréhension qui , normalement, doit permettre de mieux les distinguer et d’en saisir les différences. "

Un double travail doit être entrepris , estime-t-il : d’abord rechercher l’identité originelle qui distingue la culture arménienne dans ses normes de celles de ses peuples voisins. Ensuite la faire connaître dans des cadres artistiques affirmés.

" Il faut, dit-il aussi, établir une distinction fondamentale entre danse folklorique et danse de caractère. Le folklore est quelque chose d’inné au peuple , qui s’est développé dans un contexte primitif. La danse de caractère, elle, utilise les éléments du folklore, les transforme en vue d’une création scénique. Dans son processus de développement, la danse de caractère fera appel à toute technique susceptible d’améliorer les performances des danseurs et les formes chorégraphiques. "

A ce sujet, Jiraïr Madilian estime qu’aujourd’hui en Arménie, la majorité des troupes dites populaires sont en réalité des ensembles de danse de caractère où le chorégraphe utilise essentiellement ses capacités inventives et affirme son talent créateur. De ce fait, une danse donnée aboutira ici et là à des formes variées. Seuls, quelques groupes qu’on peut qualifier d’ethnographiques, s’en tiennent strictement aux principes fondamentaux de la tradition populaire. Madilian aime à citer le travail exemplaire accompli dans ce domaine par Serbouhi Lissitsian, disparue il y a quelques années et qu’il avait eu le privilège de rencontrer à plusieurs reprises à Erevan. Cette chercheuse passionnée avait recueilli et répertorié plus de mille danses anciennes, travaillant sur le terrain, dans les villages, et réalisant une véritable encyclopédie, ouvrage unique qui constitue une source de documentation irremplaçable.

Depuis des années Jiraïr Madilian enseigne la danse aux enfants, à des adolescents et à des adultes – d’origine arménienne ou non- à Paris , à Alfortville et à Issy-les-Moulineaux, et des dizaines de ses élèves sont déjà en mesure de faire valoir le fruit de leur apprentissage.

Mais une grande part de son activité est consacrée à la direction de la compagnie " Les Ballets Arméniens ", formation qui lui permet d’appliquer de façon concrète ses conceptions et de répondre à ses aspirations.

Un travail poursuivi sans relâche depuis six ans a permis de faire de ce groupe une formation de valeur appréciée du public et estimée des spécialistes. Les ballets Arméniens comptent plus de vingt participants, jeunes danseurs décidés à continuer d’affirmer leur personnalité par un travail chorégraphique qui les place à un niveau des plus estimables.

Le travail corporel de préparation tient une place majeure dans l’activité de la compagnie. Les spectacles qu’elle donne avec un enthousiasme visible qui crée toujours un climat particulièrement chaleureux- relèvent divers aspects de la tradition arménienne par des danses de différents genres (ethnographiques, nobles, guerrières, paysannes, humoristiques, rituelles, etc…) et par des musiques spécifiques ( mélodies anciennes, thèmes avec improvisation ).

Les Ballets Arméniens ont donné de nombreuses représentations sur des scènes de théâtre et de maisons de la culture ainsi qu’à l’occasion de plusieurs festivals en France et à l’étranger. Leur dernière tournée est toute récente : elle les a menés du 5 au 16 Août dernier en Corrèze où le groupe a donné chaque jour dans une ville différente un spectacle complet dont la valeur a été soulignée par d’élogieux articles parus dans la presse locale. " Il s’agit bien ,a écrit à cette occasion un critique, d’un véritable corps de ballet et non d’un simple groupe folklorique. C’est un spectacle de haute tenue qu’il ne faut pas manquer ".Les efforts accomplis par les jeunes gens des Ballets Arméniens leur valent un succès mérité qui se confirme d’année en année. Il n’est donc pas étonnant que leurs perspectives d’avenir soient plus favorables que jamais.

 

Note de Jiraïr Madilian :                                   

Cette compagnie de ballets  a ouvert des portes dans le cadre de Festivals de Folklore International en France et en Europe qui ont servi à l’invitation de nombreux groupes de danse populaire d’Arménie et du  Caucase après les années 1990.

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